
L’exonération pour réinvestissement dans la résidence principale en Espagne permet, lorsqu’un contribuable cède sa résidence principale et réalise une plus-value, d’exonérer totalement cette plus-value d’imposition, à condition que le prix de cession soit réinvesti dans l’acquisition d’une nouvelle résidence principale. Il s’agit de l’une des exonérations les plus importantes en matière de fiscalité immobilière, dont la bonne application suppose toutefois une connaissance précise des conditions, des délais et, surtout, des nuances qu’a introduites la jurisprudence récente.
Conditions de l’exonération
L’exonération repose sur une logique simple : ne pas pénaliser fiscalement le contribuable qui se contente de changer de résidence. Trois conditions doivent être réunies pour qu’elle s’applique.
En premier lieu, le bien cédé doit avoir la qualité de résidence principale du contribuable, soit au moment de la vente, soit à n’importe quel moment au cours des deux années qui la précèdent. En deuxième lieu, le produit de la cession doit être réinvesti dans l’acquisition d’une nouvelle résidence principale, entendue comme un bien dans lequel le contribuable établit sa résidence effective dans un délai de douze mois à compter de l’acquisition. En troisième lieu, le réinvestissement doit intervenir dans un délai de deux ans à compter de la date de la cession. La réglementation admet également ce que l’on appelle le réinvestissement anticipé : si le nouveau bien a été acquis avant la cession de l’ancien, le même délai de deux ans s’applique en sens inverse.
S’agissant des formalités, lorsque le réinvestissement n’a pas encore eu lieu au cours de l’exercice au titre duquel la plus-value est réalisée, la réglementation prévoit que le contribuable indique dans sa déclaration son intention de réinvestir. Les tribunaux ont toutefois précisé que cette obligation est de nature purement formelle : son inobservation n’entraîne pas la perte du droit à l’exonération, dès lors que l’intention de réinvestir n’est pas contredite par d’autres éléments de la même déclaration ou des déclarations ultérieures.
Rôle du prêt hypothécaire
L’une des questions les plus fréquemment mal comprises en pratique concerne le traitement du financement hypothécaire, qu’il porte sur le bien cédé ou sur le bien acquis. La distinction est pourtant fondamentale.
Lorsque le bien cédé était grevé d’un prêt hypothécaire au moment de la vente, le montant à réinvestir pour bénéficier de l’exonération totale n’est pas le prix de cession brut, mais ce prix diminué du capital restant dû. La raison en est que cette fraction du prix de vente est absorbée par le remboursement de la dette et n’est donc pas disponible pour être réinvestie.
La situation est différente, et plus favorable au contribuable, lorsqu’il s’agit du prêt hypothécaire contracté pour l’acquisition du nouveau bien. Le Tribunal Suprême espagnol a établi en 2020 un principe qui a marqué une rupture significative avec la position antérieure de l’administration : pour apprécier si le réinvestissement a été effectué, il convient de prendre en compte la totalité de la valeur d’acquisition du nouveau bien, indépendamment du fait que cette somme ait été payée directement ou financée par un prêt. Autrement dit, l’emprunt contracté pour acheter le nouveau logement ne vient pas en déduction du montant réinvesti. Ce qui compte, c’est la valeur d’acquisition du bien, et non l’origine des fonds utilisés pour le financer.
Exemple
Un contribuable cède sa résidence principale pour 200 000 euros, avec un capital hypothécaire restant dû de 30 000 euros au moment de la vente. Le montant qu’il doit réinvestir pour bénéficier de l’exonération totale est de 170 000 euros. S’il acquiert une nouvelle résidence principale pour 220 000 euros en finançant 130 000 euros par emprunt, la valeur d’acquisition (220 000 euros) dépasse le seuil de réinvestissement requis : l’exonération est totale, quand bien même la majeure partie du prix d’achat a été financée.
Réinvestissement partiel
L’exonération n’exige pas que le réinvestissement soit total pour s’appliquer. Si le montant réinvesti est inférieur au produit de la cession, l’exonération s’applique de manière proportionnelle : la fraction de la plus-value correspondant au montant effectivement réinvesti sera exonérée, le solde restant imposable dans les conditions de droit commun. Le bénéfice fiscal n’est pas perdu ; il s’applique simplement à la mesure où les conditions sont remplies.
Non-résidents
L’exonération pour réinvestissement est, en principe, un avantage réservé aux contribuables fiscalement résidents en Espagne. Depuis 2015, toutefois, la réglementation l’a étendue aux contribuables qui, sans être résidents en Espagne, sont résidents fiscaux dans un État membre de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen.
Dans ces cas, le non-résident qui cède en Espagne ce qui était sa résidence principale peut bénéficier de l’exonération s’il réinvestit le produit de la cession dans une nouvelle résidence principale, aux mêmes conditions qu’un résident. L’élément déterminant est cependant la résidence fiscale au moment de la cession : si le contribuable réside dans un pays extérieur à l’UE ou à l’EEE, comme c’est désormais le cas du Royaume-Uni depuis le Brexit, cette possibilité est fermée et la plus-value est imposable sans aucun avantage lié au réinvestissement. Cela étant, compte tenu de la tendance constante des juridictions européennes à considérer comme contraires au principe de libre circulation des capitaux les différences de traitement fiscal qui ne trouvent pas de justification objective, il n’est pas exclu que cette limitation soit susceptible d’être contestée dans certaines situations. Il s’agit néanmoins d’une voie qui requiert une analyse individuelle approfondie et qui ne bénéficie pas, à ce stade, d’un soutien jurisprudentiel consolidé.
La situation inverse, celle du contribuable qui s’installe en Espagne et cède depuis ce pays ce qui était sa résidence principale à l’étranger, peut également bénéficier de l’exonération, à condition qu’au moment de la cession il soit déjà résident fiscal en Espagne et qu’il réinvestisse le produit dans une nouvelle résidence principale dans les conditions prévues par la réglementation. Il n’est pas exigé que le bien cédé soit situé sur le territoire espagnol.
La bonne application de cette exonération suppose une analyse détaillée de chaque opération : les dates de cession et d’acquisition, la situation hypothécaire des deux biens, la résidence fiscale du contribuable et la destination effective du produit de la vente. Une erreur sur l’un quelconque de ces éléments peut entraîner la perte de l’avantage fiscal ou l’obligation de déposer une déclaration rectificative assortie d’intérêts de retard.
ÁLVARO MORALES SOUSA
ASSOCIÉ – AVOCAT
REPRÉSENTANT EN DOUANE
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